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Des congés... dans le bon sens ! (Thématique : L'individu - Juillet et Août 2013)

 

A l’heure où les concepts de  « lâcher-prise », de « ressourcement », de « zen attitude », de « mise en distance », … fleurissent dans toute publication réputée sérieuse dont la lecture constitue l’incontournable enrichissement culturel du manager contemporain, il est pour le moins paradoxal de constater à quel point les vacances (autrement appelés congés annuels … symbolique pour le moins significative !) inquiètent ces mêmes managers ! Nombreux sont ceux qui, à la question  « Quand partez-vous en vacances ? » répondent d’un ton  parfois gêné en tentant maladroitement de cacher un marbre de honte rougissant leur visage : « Je vais essayer de prendre quelques jours …. ».

Finalement, quelle finalité pouvons-nous donner à ce moment particulier qui nous amène, chaque année et à deux ou trois reprises selon les secteurs, les entreprises et l’ancienneté cumulés, à nous extraire (encore un vocable fort peu anodin) de notre environnement professionnel pour tenter, tant bien que mal, de nous ressourcer, de lâcher prise, de prendre de la distance, … bref, de retrouver une forme de « zénitude » que notre quotidien tend à malmener ?

Au-delà du droit aux congés payés issu de l’année 1936 et des évolutions législatives que celui-ci a connues depuis, revenons à une source qui est souvent éclairante quant au sens profond des mots ; le terme CONGE vient  de deux locutions latines : commeatus (permission) et commeare (circuler) ; ainsi, le congé se définit donc, étymologiquement parlant, comme une période pendant laquelle il est permis de circuler … Autrement écrit, ces instants sont destinés à se voir ouvrir les portes d’autres lieux que ce que notre « devoir » nous impose de fréquenter.

Arrêtons-nous brièvement sur l’idée de « liberté de circulation » à laquelle chacun a droit pendant « ses congés » ; on l’aura aisément compris, ceci ne concerne pas uniquement la dimension physique ou géographique du processus ; cette liberté peut aussi s’inscrire dans notre « tête » ou, pour faire plus savant, dans notre psychisme ; dans ces conditions et si l’on accepte de relever ce défi (c’en est bien un … !), les dits congés sont l’instant rêvé du vagabondage mental, d’un moment d’exception où nous laisserons les pas de notre imaginaire nous « perdre » avec délice sur les chemins d’une aventure intérieure qui ne ressemble à rien d’autre que ce que nous voulons bien qu’elle soit ; en définitive, nous serons, dans ces circonstances et sous cette condition, parfaitement LIBRES puisqu’en totale communion avec les trois composantes de notre identité que sont les besoins, les émotions et, finalement, ce fameux imaginaire  ! 

Seulement voilà, il y a hélas un « bug » dans ce tableau idyllique : sommes-nous prêts à franchir cette frontière et à accueillir, l’espace de quelques jours, le triptyque en question ?  Ne restons-nous pas, quelque part, connectés à notre image par peur de disparaître socialement des écrans de contrôle de notre environnement ? Osons-nous réellement atteindre cet état d’indépendance (provisoire, que l’on se rassure) qui nous permet d’être probablement un peu plus nous-même et, avouons-le, un peu plus centrés sur nous-même ? En dépit du bien que procure ce repos tout à la fois physique mais aussi psychique (les deux étant complémentaires et distincts), considérant que ce  bien là se vit plus dans l’ici et maintenant qu’il ne se prévoit réellement, nous « restons en contact » grâce à notre téléphone portable (« au cas où … »), nos emails (« on ne sait jamais… »), nos collaborateurs (« qu’êtes-vous sans moi ? »), nos  collègues (« n’en profitez pas pour prendre ma place ! »), notre patron (« vous remarquerez à quel point je suis engagé… ») etc.

Alors, si vous le voulez bien, tentons de remettre les choses à leur vraie place et, par-là, essayons de donner du sens à notre absence pour redonner du souffle (psychique, bien évidemment) à nos congés :

      • AU CAS OU … : les cas en question, si l’on les analyse très statistiquement, sont plus que rares ;  en tout état de cause, la réalité de notre valeur ajoutée ne peut être que réactive et donc risque de se voir teintée d’une subjectivité d’appréciation qui n’aura pas systématiquement d’effet positif sur une situation que l’on ne maîtrise pas totalement ;
      • ON NE SAIT JAMAIS… : Eh bien justement, si l’on ne sait pas, il n’y a aucune raison de se projeter dans une réalité purement fantasmatique (appelée représentation) qui nous amène à réduire notre espace de liberté au motif de l’imminence d’une catastrophe totalement virtuelle !    
      • QU’ETES-VOUS SANS MOI … : Beaucoup plus que l’on veut bien l’imaginer … à condition d’avoir, dans  une constance managériale basée sur la confiance et la délégation, créé les conditions de l’autonomie chez nos collaborateurs ; notre vagabondage (au sens du terme tel qu’employé ici) sera d’autant plus profitable que nous saurons, parce que nous l’aurons instauré et vécu, la capacité de notre équipe à agir avec discernement et efficience ;
      • N’EN PROFITEZ PAS POUR PRENDRE MA PLACE … : nous parlions dans les lignes immédiatement précédentes de la confiance qu’il est nécessaire de placerdans ses collaborateurspour avoir l’esprit libre lorsque nous abandonnons VOLONTAIREMENT la barre … Cette confiance doit être également placée en nous pour asseoir une certitude : notre place existe par  l’expression de notre valeur ajoutée individuelle et parce que nous sommes convaincus de la complémentarité qui doit (devrait ?) régir toute organisation ;  n’oublions pas que les parties sont constitutives et donnent du sens au « tout » au même titre qu’elles n’ont elles-mêmes du sens que par l’existence de ce même tout : c’est cette perception holistique de la structure qui nous assure (au sens sécuritaire telle la « ligne de vie » connue des alpinistes) et nous amène à accueillir avec une sérénité certaine cette ascension vers notre propre liberté, ne serait-ce que pour quelques moments …
      • VOUS REMARQUEREZ A QUEL POINT JE SUIS ENGAGE … : l’engagement n’est en rien prouvé par une seule constante relationnelle ou un présentéisme forcené ; la réalité de cet engagement est ailleurs et, en particulier, dans la vision d’alignement qu’il est possible de donner à ses interlocuteurs (je dis ce que je fais, je fais ce que je dis et, en synthèse, je montre qui je suis) ; le dit alignement, la cohérence dans nos postures comme reflets de notre réalité se renforcent dans la mesure où nous nous accordons  cet espace de plaisir qui repousse les limites de notre moi social ; osons ce moment et notre engagement comme les signes tangibles que nous en donnerons, ne pourra qu’être renforcé, mieux perçu et compris ! Rappelons-nous que l’entreprise n’a pas besoin de « surhommes » mais bien d’hommes (et de femmes …) sûr(e)s.       

Nous imaginons sans peine certains de nos lecteurs pouvant réagir et trouver nos propos par trop idéalistes, peu conformes à une réalité d’entreprise voire franchement utopiques … Nous accueillons l’éventualité de ces remarques pour l’instant virtuelles avec beaucoup de respect tout en nous permettant de préciser ceci : les premier pas vers cette liberté autorisée par notre « permission de circuler psychologique » pourraient consister à se dire : ET SI C’ETAIT POSSIBLE ?  

Bonnes vacances à tous !