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Le bilan de compétences, un outil au service de l'identité professionnelle - 3ème Partie (Thématique : L'individu - Décembre 2012)

 

 

Notre communication du mois dernier portait sur les comportements que tiennent, ou plus exactement que « devraient » tenir, l’accompagnant et l’accompagné dans le cadre d’une relation d’aide, plus particulièrement tournée vers le processus de bilan ; cette troisième partie traitera de la méthodologie qu’il nous semble nécessaire de suivre pour permettre à la fois le respect du cahier des charges tel que fixé par le législateur (cf. notre lettre d’octobre 2012) mais également faciliter l’émergence des postures positives d’échange dont il a été question.

1 – La référence identitaire

C’est à partir de ce que nous sommes qu’il est possible de déterminer ce que nous savons (ancrage dans la connaissance), ce que nous pouvons (ancrage dans le capacitaire) et ce que nous voulons (ancrage dans le projectif) ; c’est donc sur le fondement de notre identité que s’écriront les pages de notre histoire future ; comme évoqué dans les numéros précédents, cette même identité nous rend acteurs de notre construction et, par là, tout processus qui tend à favoriser l’émergence de ces caractéristiques permet d’entrer de manière positive et complète dans une démarche de bilan.

Ainsi, l’expression à la fois libre et organisée de la part de l’accompagné et bien évidemment favorisée par la posture d’écoute et d’accueil du consultant, permet de révéler les facettes parfois (souvent ?) enfouies de ce qui sous-tend les comportements de celle ou celui qui entre dans la démarche ; notons que le vecteur privilégié de l’expression identitaire demeure la sphère émotionnelle ; il convient donc de lui donner une « aire de jeu » (la SPIELPALTZ de C. JUNG) qui ni ne la restreint, ni ne la contraint ; en fondant cette expression sur la narration précise du vécu (ceci ne se limitant nullement à raconter ce que l’on a fait mais bien davantage en se centrant sur l’émergence des ressentis en regard des éléments du parcours), le lâcher prise émotionnel qui en découle acte d’une véritable libération, une forme d’exutoire, ouvrant la porte à une construction plus réelle, plus vraie et  donc plus pérenne ! Il est évident que ceci ne s’accomplit pas sans difficulté, sans souffrance parfois, mais notre expérience montre, dans l’immense majorité des cas que nous avons eu à traiter, le bénéfice éminemment significatif que les accompagnés tirent de la démarche ; sans que, bien entendu et dans le cadre qui nous occupe ici, nous entrions dans une approche thérapeutique de la personne accompagnée, la « simple » réflexion initiée, entre autres,  grâce à une écoute intérieure des émotions suscitées par l’évocation de vécus divers, constitue à la fois un révélateur efficace de nos options identitaires et une base solide de l’édifice à construire.

2 – La référence historique

Ce terme désigne à la fois l’évocation du passé de l’accompagné mais également sa situation actuelle dans ce qu’il convient de nommer « l’ici et maintenant ».

En posant comme préalable que ce second point est intimement lié au premier, arrêtons-nous sur le contenu spécifique de cette partie.

S’il s’agit bien d’une évocation narrative, celle-ci ne peut être détachée d’une évaluation (un bilan donc…) des points positifs et négatifs du parcours concerné ; c’est ici qu’il convient, de la part du consultant, d’adopter une posture ADULTE (au sens de l’Analyse Transactionnelle c’est-à-dire fondée sur le concret, le rationnel, le factuel) afin d’amener l’accompagné à une observation aussi objective que possible de ses choix, de ses orientations volontaires ou imposées, des opportunités qu’il a su ou non saisir, des contraintes qu’il a pu subir, etc.

La dite posture peut paraître pour le moins paradoxale dans la mesure où, dans le paragraphe précédent, nous insistions sur la fameuse expression libre, sur l’aire de jeu … Souvenons-nous que l’ouverture du champ des possibles repose sur la prise en compte minutieuse de ce qui a empêché, jusque-là, sa mise en œuvre ; ainsi, l’observation et l’analyse du réel (du vécu) sont autant d’éléments qui permettent, qui autorisent cette ouverture dans la mesure où ils sont compris et accepté comme tels ; c’est bien de ce travail dont il question ici, travail sans lequel toute projection est plus ou moins largement obérée puisque le bénéficiaire n’a pas totalement « nettoyé ses lunettes » rendant sa vision pour le moins imparfaite!

Outre le support méthodologique qui structure et trace l’intégralité de la démarche, les échanges accompagné/accompagnant durant cette phase doivent être systématiquement assortis de validations quasi permanentes (« nous sommes bien en phase ? », « vous m’avez dit que …, est-ce bien cela ? », « vous êtes au clair avec cela ? » etc.) non pour rassurer le consultant mais pour assurer le bénéficiaire quant à … la transparence des verres de lunettes !

Dans ces conditions, il est beaucoup plus aisé d’aborder le troisième volet de la démarche puisque l’on est en capacité de nommer et de définir ce qui nous paraît nous convenir dans la trilogie désormais connue du Savoir, du Vouloir et du Pouvoir !

3 – La référence projective

Dans la mesure où le déroulement des deux précédentes phases permet l’émergence des axes que nous avons décrits, cette dernière partie doit être comprise et vécue en termes méthodologiques et comportementaux comme un aboutissement logique du processus ; autrement formulé, nous avons posé, au moyen des approches identitaires et historiques, les bases du scénario de ce qu’il faut appeler un film d’anticipation (et non de science-fiction !!!) ; il convient maintenant d’en peaufiner le dénouement et d’en mettre en scène les actes principaux.

Le rôle de l’accompagné est, à ce stade, peut-être encore plus essentiel que dans les précédents ; c’est lui en effet  qui va conduire et vivre … la suite ! Le consultant ne sera plus présent pour accompagner la progression et le retour à l’autonomie prend ainsi tout son sens.

Notre expérience montre que ce moment est toujours un peu délicat puisque le plaisir de l’échange qu’ont connu les deux parties  pouvait prendre des allures de permanence … Insistons, par parenthèse, sur l’importance que revêt le comportement de l’accompagnant dans la neutralité affective qui doit présider à ce type de relation ; la pertinence de la posture se mesure précisément lors de la phase que nous sommes en train de décrire.

Le bénéficiaire doit donc être totalement investi dans et par cette dimension projective ; il doit faire alterner, de façon constante, la dimension projective (le futur) et la dimension analytique (l’historique) ; il doit les positionner en résonnance l’une par rapport à l’autre évitant les dissonances potentielles (une approche par trop idéale voire idéaliste de la suite) ; il doit oser, s’enthousiasmer (sans « s’enivrer »), … bref, il doit prendre son destin (professionnel) en main !

Tout ceci ne signifie pas que le consultant ne prend pas une part active dans la démarche mais il se doit d’être incontestablement plus en retrait au nom de l’autonomie sus évoquée ; il veille d’abord et avant tout à la cohérence de la réflexion et ramène, si nécessaire, l’accompagné vers ce qui lui semble accroitre les chances de succès du projet ainsi défini ; nous limitions, dans le 1er numéro de notre lettre consacré à ce thème, la notion de « guide » qui parfois illustre improprement le relation d’aide ; cette limite s’exprime pleinement ici ; renforçons donc pour celle ou celui que nous accompagnons sa propre liberté d’être et de construire, sa propre autonomie et, finalement, l’expression vraie de son identité dans une dynamique professionnelle accomplie et porteuse de sens.