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Adaptation hédonique et management (Thématique : L'individu - Février 2014)

 

Notre dernière parution faisait état de quatre postures permettant l’évitement du processus d’adaptation hédonique ; nous invitions nos lecteurs à faire le lien, dans leur pratique quotidienne, entre les comportements habituellement adoptés par chacun et ces quatre propriétés.

Nous donnerons ici quelques pistes concrètes de possible synergie sans que pour autant celles-ci doivent être considérées comme des « recettes » ; en effet et dans la foulée des propos tenus dans les deux opus traitant de ce sujet, il n’est en aucun cas question de standardiser les attitudes sans tenir compte des identités individuelles et de l’environnement dans lequel elles s’expriment.

Ainsi,

1 – Capter l’attention : c’est ici que réside l’indispensable permanence d’une forme de nouveauté (de novation …) dans l’exercice d’une fonction et des missions qui la constituent ; la notion de challenge si souvent utilisée dans les entreprises prend tout son sens dans ce contexte ; n’oublions pas que la « routine » qui s’installe avec le temps dans telle ou telle action quel que soit l’intérêt voire l’enthousiasme qui a présidé à l’émergence de l’action en question, va diluer la motivation de celle ou celui qui la met en œuvre ; elle ou il ne percevra plus l’élan fondateur qui l’a primitivement poussé(e) à agir … avec plaisir ! Pour réutiliser la métaphore de notre précédente lettre, nous nous apercevons moins de la qualité routière et du confort de notre véhicule dans la mesure où notre attention n’est plus centrée sur la source de notre bien-être ; de la même manière, si nous ne sommes pas à même de rappeler le sens de l’action de et à nos collaborateurs (le fameux POUR QUOI ?), si nous ne redonnons pas à chacun la capacité de se recentrer sur la nature de son engagement initial, le risque d’une déperdition significative du plaisir et le degré de satisfaction qui en découle est réel ; de la même manière, la possibilité donnée aux collaborateurs de faire évoluer, de modifier des processus (fussent-ils par essence et par nécessité « routiniers ») permet de réalimenter ce même plaisir en cela qu’elle ressource l’implication positive telle que manifestée à l’origine.

2 – Générer dynamisme et variété : l’idée du discours (et des actes !) positif est intimement liée à la mise en pratique de cette seconde propriété ; autrement formulé, considérons le verre plutôt à moitié plein qu’à moitié vide … La dynamique ainsi créée renforcera l’envie d’aller plus loin et, par voie de conséquence, le plaisir du dépassement. A titre d’exemple, si nous félicitons un collaborateur pour le travail accompli (avec plaisir de sa part, cela va de soi…) et si nous assortissons notre échange par des propos tels que : « le plus dur reste à faire » ou bien encore « nous ne sommes pourtant pas au bout de nos peines », nous briserons immédiatement toute forme de satisfaction « récursive » (je m’appuie sur ce qui a été fait pour aller plus loin et je serai heureux de pouvoir l’accomplir) ; souvenons-nous des équipes commerciales qui passent plus de temps à expliquer pourquoi elles n’ont pas atteint leurs objectifs plutôt que de se concentrer sur la manière de les remplir voire de les dépasser … Quel que soit l’intérêt qui est le leur pour le métier qu’ils occupent, pour la fonction qu’ils exercent, la dimension défensive s’inscrit totalement dans le processus d’adaptation hédonique : j’aime ce que je fais MAIS je ne suis plus en résonnance avec le moteur de cet « amour » et, par extension, j’en perds la substance et, si l‘on n’y prend garde, la pérennité !

3 – Introduire des éléments neufs et surprenants : nous évoquions le principe de nouveauté dans le premier paragraphe de ces lignes ; insistons ici sur la notion de « surprise » ; cet item est très intimement lié à nos réminiscences d’enfant (généralement et a posteriori perçues positivement) ; « tu vas avoir une surprise » est l’expression même de l’attente positive et du plaisir (encore lui) qui, dans la plupart des cas, l’accompagne ! Il est donc essentiel d’entretenir cette donnée psychique et de la traduire concrètement dans les faits ; bouleversons les habitudes : demandons par exemple à chacun de préparer une courte intervention en réunion sur ce qui lui est apparu comme positif dans la semaine qui vient de s’écouler, faisons en sorte que le positionnement (physique, le fameux rituel de la place « réservée ») des uns et des autres au cours de la même réunion soit chaque fois différent, proposons une lecture individuelle puis collective des contributions des uns et des autres au sens, à la vision, etc. etc. ; petites choses presque insignifiantes pourront penser nos lecteurs ! Qu’il nous soit permis d’affirmer que nous avons vu surmonter nombre de processus d’adaptation par les petites choses en question, lesquelles ont précédé des évolutions de postures beaucoup plus fondamentales !

4 – Vers un flux d’émotions et d’évènements : c’est une évidence d’affirmer que la survenance d’évènements positifs génère des émotions positives ; s’il est vrai que les difficultés souvent évoquées dans les entreprises tendent davantage à inquiéter qu’à réjouir, il existe cependant et de manière certaine (sauf cas particuliers de problèmes aigus et mortifères) une marge de plaisir à travers l’expression « joyeuse » (en référence à l’une des émotions de base : la joie) de son positionnement identitaire ; outre le renforcement du plaisir auquel il vient d’être consacré les trois premiers paragraphes de cette lettre à travers le métier et la fonction, toute activité qui peut concourir à développer cette attitude est à imaginer ; sans aller au-delà du raisonnable, spécifiquement dans le respect d’une nécessaire césure entre la vie professionnelle et la vie personnelle, le fait de générer des moments de convivialité (repas, sorties, …) et de créer ou renforcer ainsi un climat positif ouvre la voie au processus d’évitement de l’adaptation hédonique ; le contexte créé est différent, l’expression identitaire est incontestablement plus « vraie », plus authentique, les liens se solidifient et l’enveloppe culturelle du groupe s’en trouve grandie ; l’on est souvent surpris par l’autre, par sa richesse, par son « caractère » dont la pression du quotidien ne nous avait pas toujours permis de saisir la pluralité des contours ! Ainsi, la collaboration, la complémentarité entre les individus s’en trouve largement améliorée et, en toute logique, le plaisir de chacun à être et à faire s’installe de manière plus permanente mais surtout, plus profonde !