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Les jeux psychologiques en entreprise - 2ème partie (Thématique : l'équipe - Juillet-Aout 2019)

Nous avons, dans notre lettre de juin 2019, décrit les principales caractéristiques des jeux psychologiques : contexte, déroulement, rôles, issue

Bien que chacun d’entre nous soit susceptible de pratiquer de temps à autre des jeux psychologiques de faible intensité, certains sont des « joueurs » invétérés. Appelés parfois « personnalités difficiles », il peut être utile de connaître les particularités de leur identité afin de les repérer d’une part, et d’être en mesure, d’autre part, de déjouer les jeux psychologiques qu’ils pourraient mettre en œuvre.

C’est ce que nous nous proposons de décliner dans cette dernière lettre avant les vacances.

Les personnalités dites « difficiles » : de bons joueurs ?

Certaines personnes sont plus enclines que d’autres à mettre en œuvre des jeux psychologiques. Il est courant de les désigner sous le vocable « personnalités difficiles ».

Nous avons vu le mois dernier que la propension à jouer s’appuie principalement sur un besoin de reconnaissance non assouvi, que ce manque soit réel ou supposé. Les « personnalités difficiles » s’inscrivent tout à fait dans ce contexte.

Par ailleurs, un autre besoin – également mis en lumière par l’analyse transactionnelle – peut être comblé par le jeu psychologique : celui de stimulation. En effet, « jouer » procure des sensations fortes, quel que soit le rôle assuré : le persécuteur exultera dans un sentiment de toute-puissance, le sauveteur pourra ressentir une grande satisfaction à se rendre indispensable, la victime alimentera sa tristesse ou sa frustration.


L’assouvissement des besoins de stimulation et de reconnaissance

Autre caractéristique des personnalités dites « difficiles » : la difficulté à gérer leurs émotions, en se laissant envahir par l’émotivité ou au contraire en bloquant complétement l’expression de leurs ressentis.


La difficulté à gérer ses émotions

Dans ces deux cas, le « dosage » risque de ne pas être au bon niveau, et la personne sujette à des « crises émotionnelles » disproportionnées, d’autant plus surprenantes pour l’entourage que le protagoniste fait habituellement preuve d’un self-contrôle apparent.

Chez ces personnes, un événement en apparence anodin pourra réactiver une mauvaise estime de soi, une peur archaïque de l’abandon ou une difficulté à s’affirmer, et, par le biais d’une crise émotionnelle de plus ou moins grande ampleur, constituer ainsi le terreau à l’amorce d’un jeu psychologique.


Les crises émotionnelles

Que faire face au jeu psychologique ?

Tout d’abord, il convient de garder à l’esprit qu’une tentative de jeu n’est pas un jeu. Pour que celui-ci se mette en place, il faut impérativement deux joueurs. La première réponse possible face à une amorce de jeu est donc une Lapalissade : ne pas entrer dans un jeu est le meilleur moyen d’éviter de jouer.

Cependant, cette option n’est pas toujours très aisée à mettre en œuvre. En effet, nous n’éprouvons en général pas de problème face aux amorces qui ne « touchent » pas notre point faible. Mais lorsque que le partenaire potentiel appuie sur ledit point faible, il est beaucoup plus difficile de prendre conscience du démarrage du jeu.

Par exemple, face à une « victime » qui énonce une plainte, si l’on a soi-même plutôt tendance à la posture de sauveteur, le risque est de « plonger » alors qu’aucune demande précise ne nous a été faite. Rien d’alarmant si l’on s’en tient là, mais si cela se produit souvent, ou si la prétendue victime bascule tout à coup dans une posture de persécuteur (« Je ne t’ai rien demandé ! »), le jeu s’est déroulé jusqu’à son terme et chacun partira (au mieux) avec un sentiment de dépit, de frustration ou de colère.

En guise d’illustration, imaginons deux collègues, Pierre et Paul. Pierre se plaint d’avoir un rapport à rendre pour le lendemain et d’être submergé de travail (Victime cherchant Sauveteur) : « Je ne vais jamais arriver à finir mon rapport pour demain ! »

Face à cela, Paul, croyant bien faire, propose son aide et prend en charge la rédaction du rapport (Sauveteur en action) : « Ne t’en fais pas, je vais m’en charger… »

Mais quand le rapport est terminé, Pierre s’écrit : « Ce rapport est rédigé n’importe comment ! Il va falloir que je reprenne tout depuis le début… ».

Pierre a basculé dans le rôle de Persécuteur, et Paul dans celui de Victime (regrettant de s’en être mêlé, et jugeant Pierre extrêmement injuste à son égard).

Comment donc traiter ce type de cas ?

  • 1ère option : ne pas répondre à l’amorce : la technique du « Mon, Ton, Son » est très souvent fort utile. Cela revient à se poser trois questions :
    Est-ce mon problème ? – dans ce cas je traite ;
    Est-ce ton problème ?
    – dans ce cas, je t’aide à formuler une vraie demande si nécessaire ;
    Est-ce son problème ?
    – dans ce cas, je ne m’en mêle pas…
    Ces trois simples questions permettent d’éviter une grande partie des démarrages de jeux potentiels.
  • 2ème option : énoncer et faire énoncer dans « l’Adulte » (cf. notre lettre de janvier 2013 sur les Etats du Moi) la réalité de la situation.
    Questionner : « Que te reste-t-il à faire ? »
    Reformuler : « Si je comprends bien, tu crains de ne pas réussir à rendre ton rapport pour lundi… »
    Aider l’autre à définir une vraie demande, afin de passer avec lui un « contrat » : « Est-ce un appel à l’aide de ta part ? » ; « Et si oui, de quel type de soutien aurais-tu besoin ? »


    Sortie du Jeu d’après John Dusay

  • 3ème option : si l’on s’est laissé « embarqué » malgré tout, refuser d’encaisser le résultat final négatif.

La notion de Jeu psychologique, liée entre autres, comme nous l’avons vu, à celle d’extorsion de signes de reconnaissance, est donc très importante dans l’étude des relations d’un individu à lui-même et à son entourage.
Or l’entreprise, comme toutes les organisations quelles qu’elles soient, n’est-elle pas avant tout un ensemble d’humains interconnectés ?
La connaissance des jeux est donc fondamentale pour qui veut repérer et redresser des situations potentiellement conflictuelles, quelle que soient la structure dans laquelle on s’inscrit…

Ceci posé, l’été est une période propice aux jeux… ludiques, ceux-ci !

Profitez-en bien et nous vous retrouvons à la rentrée !